Marathon de Paris 2012 : bonheur et douleur

Compte-rendu du marathon de Paris 2012

Ce dimanche, je suis devenu marathonien. 42,195 km, une distance mythique en course à pied. Une sorte de graal, auquel tout runner pense à un moment ou à un autre dans sa pratique. Une course qui demande un entrainement particulier et rigoureux, pour autant qu’on veuille la terminer, et mieux encore, la terminer dans de bonnes conditions. Et bien, malgré une préparation de qualité et un résultat plus qu’encourageant au semi-marthon de Paris, j’ai eu mal.

Neuf semaines de préparation, souvent dans le froid et la nuit, à enchainer les séances, quatre par semaines, répétant inlassablement les séquences VMA, EMA, sortie longue. Neuf semaines aussi, à gérer les bobos, un genou gauche récalcitrant au début, une petite déchirure au mollet à deux semaines de l’échéance. Bref, neuf semaines d’entrainement pour devenir marathonien. Une mini-gestation en quelque sorte…

En ce dimanche 15 avril, j’arrive donc en pleine forme pour ce marathon de Paris. Totalement reposé. Eh oui, car à peine deux semaines plus tôt, c’était notre mariage, entourés de nos familles et nos amis. Un mariage de runners. Des moments formidables et intenses de joie et de partage.

Et puis a suivi un voyage de noces à Belle-Île-en-Mer merveilleux. On reviendra, un jour, faire le Belle-Île-en-Trail, c’est si beau !

Le Taillefer Trail Team était à la pointe de Taillefer à Belle-Île-en-Mer

Le samedi est consacré à la préparation de l’équipement et la récupération du dossard. Je crois que je n’ai jamais fait la queue aussi longtemps pour récupérer un dossard, plus d’une heure à faire des ronds dans le parc des expositions de la Porte de Versailles. Une fois le « sac coureur » récupéré, je passe au stand du Paris-Versailles saluer quelques amis, et croiser par hasard Maya et Giao. Rendez-vous est pris le lendemain à 8h.

Mon sac est fin prêt. J’ai opté pour le T-shirt Runnosphère hiver 2012, mon pantacourt de mariage Kalenji, les Asics gel Nimbus 13 bien rodées, casquette, buff et le sac Salomon Advanced Skin Lab contenant 1,5L d’eau et sirop isotonique grenadine, 3 barres de pâtes d’amandes Gerblé et une gourde de crème de marron.

7h30, j’arrive avec mes deux (+1) supportrices officielles en haut des Champs-Elysées, entièrement réservés pour le départ de ce marathon de Paris. Il y a déjà du monde qui entre dans les sas. Clara m’accroche le dossard, je sirote ma boisson d’attente. 8h devant le Nike Store, nous retrouvons Giao qui est dans le même sas que moi. Mes supportrices me quittent pour aller se poster sur le parcours. Après une escale technique, nous entrons dans le sas 3h30 environ 5 minutes avant le départ. 8h45, la meute est lachée. Nous franchissons la ligne un peu plus de 5 minutes après le coup de feu. On part vite, entrainés par Yahia le lièvre de Giao et par le faux plat descendant de cette large avenue. Largeur bienvenue car cela fluidifie bien le flot des coureurs. Mais c’est trop rapide pour moi. Au bout de deux kilomètres, on a déjà plus de 30 secondes d’avance sur la base de 3h30. Je ralentis donc très légèrement, pour revenir à une allure plus proche de l’objectif. Hôtel de ville, j’entends la batucada muleketu de Francesca, mes supportrices sont là et donnent de la voix ! Cela me réchauffe le coeur (il fait assez frais sur le parcours, et le vent glacial est assez soutenu, surtout sur les quais).

J’ai toujours le T-Shirt rouge siglé du R de la Runnosphère de Giao en point de mire à 150 mètres devant, mais je ne veux pas pousser plus pour le rattraper. J’ai réussi à stabiliser mon allure et je m’y sens bien. Je m’hydrate régulièrement. J’arrive dans le bois de Vincennes, et peu avant de passer aux dix kilomètres, je dois faire une pause technique qui me fait perdre l’avance accumulée jusqu’ici. Arf, mais bon c’est la course, je n’aurai pas pu courir encore 2h30 avec la vessie pleine. La traversée de ce bois de Vincennes est longue (10 km), il y a nettement moins de spectateurs, et je suis toujours bien. J’ai un léger point de côté à gauche, qui mettra plusieurs kilomètres avant de passer. Je passe au semi en 1h44’30, soit pile dans l’objectif.

Bastille à nouveau, il y a un monde fou, les spectateurs sont si nombreux, si proches qu’ils sont parfois sur la ligne bleue ! Le meneur d’allure a trouvé un sifflet et il court sur le côté en soufflant à plein poumons dans son engin pour faire reculer les gens. La technique est assez efficace :)

Je repasse devant l’hôtel de ville, côté quais cette fois-ci. Beaucoup de monde ! Le son de la Batucada me guide encore vers mes supportrices. Je vois Clara et je peux même lui toucher la main en passant. Ça n’enlève pas l’acide lactique qui commence à bien s’accumuler, mais qu’est ce que ça fait du bien au moral, qui a tendance à vaciller de temps à autre. Les franchissements de tunnels se succèdent, me rappelant les 20 km de Paris, et ça ne m’aide pas ! Je commence à ressentir dans les mollets les prémices des crampes. Nous sommes au 27e km, il en reste 15 et depuis quelques kilomètres je dois fournir plus d’efforts pour maintenir mon allure. J’ai un peu l’impression d’avoir du mal à décoller mes chaussures du bitume. Inexorablement, je perds du terrain, quelques secondes par kilomètres. Et ce quai qui n’en finit pas ! Au 30e, j’ai une quarantaine de secondes de retard. Le vue a beau être époustouflante, c’est dur !

Les kilomètres passent, je les compte à l’envers : plus que 12, 11, 10, 9… je n’arrive plus à avaler les pâtes d’amandes ; probablement trop de sucre. Je me force à continuer à boire. J’ai mal, vraiment mal aux jambes, je sens qu’au moindre faux pas pourrait se déclencher une crampe dans les mollets. Le secteur pavé à l’entrée du bois de Boulogne est un petit calvaire. C’est à cet endroit, qu’un an auparavant, nous étions postés avec Clara, pour encourager les amis de la Runnosphère… Je ne regarde plus trop le chrono, même si j’ai encore l’espoir de faire moins de 3h40. Ce passage dans le bois de Boulogne me rappelle aussi ma première course, il y a 2 ans et les 10 km de Planet Jogging de l’année dernière… je pense à beaucoup de choses pendant ces derniers kilomètres, en particulier à Clara qui porte notre enfant, et qui est là quelque part à m’attendre. Je sais que la course à pied lui manque, mais je sais aussi que je ferai ce qu’il faut pour lui permettre de reprendre dans de bonnes conditions le moment venu.

Mais que c’est long un marathon, les kilomètres semblent plus longs qu’au début. C’est Sebrom qui me tirera de mes pensées en surgissant  pour faire quelques mètres à côté de moi et m’encourager. J’avais réussi jusqu’ici à ne pas céder à la tentation de marcher, mais en ces derniers kilomètres la douleur et donc la tentation sont grandes. Son apparition tombe à pic :)

L’arrivée est toute proche à présent, je suis dans le dernier kilomètre. Après avoir franchi le périphérique, nous arrivons porte Dauphine. J’assiste là à un spectacle dont j’avais déjà entendu parler mais auquel je n’avais pas encore assisté : il y a sur la place tout un bataillon de personnes chargées d’intercepter les « sans-dossards », parfois sans ménagement ! Bref, ce petit spectacle m’a fait oublier la douleur quelques instants, mais elle revient de plus belle et je suis à deux doigts de me mettre à marcher, alors qu’il reste moins de 500 mètres. J’entends alors crier « Nicolas ! » sur ma droite, et en tournant la tête, je vois ma femme, qui est passée je ne sais comment de l’autre côté de la barrière, m’appeler en faisant de grands gestes ! Je ne l’attendais pas là, et je suis tout ému de la voir ! je lui fais signe de la main et réussi un peu à accélérer pour franchir la ligne en 3h39’13.

Ça y est, je suis marathonien ! j’ai encore du mal à réaliser !

L’arrêt brutal de l’effort me donne presque des vertiges, j’essaie de marcher un peu, mais on piétine beaucoup. J’avale trois bouteilles d’eau, récupère la médaille et le t-shirt de finisher et je remonte tout ce sas d’arrivée, sans m’apercevoir qu’on pouvait peut être sortir par le côté. Je retrouve mes supportrices et quelques membres de la Runnosphère au point de rendez-vous. Malgré le poncho, je suis frigorifié, et je me change rapidement. Il y a là Greg, Salvio, Philippe, Sandrunning….

Quelle course ! je n’en reviens pas que cela soit terminé, de l’avoir fait ! Je suis super heureux de cette course. Certes je n’ai pas réussi à faire moins de 3h30, mais je suis tellement content de l’avoir bien terminé ce marathon, que finalement ce n’était de loin pas le plus important.

Merci à tous ceux qui ont pensé à moi en ce jour, à Clara et Chloé, à la Runnosphère, à tous ceux qui de près ou de loin m’ont supporté. Encore Merci !

CR de la Runnopshère :

CR de reporters-supporters de la Runnosphère :

26 thoughts on “Marathon de Paris 2012 : bonheur et douleur

  1. Je te félicite pour avoir complété ton premier marathon. La première fois, le plus important n’est pas l’objectif chronométrique mais le fait de terminer. Je vous souhaite le meilleur à vous trois !

  2. Bravo Nicolas pour ton premier marathon ! Le principal est d’avoir été au bout pour entrer dans cette belle famille de marathoniens :)) C’est un bon chrono quand même ;)
    J’ai connu ça d’être refoulée après le km41 alors que j’accompagnais un ami en souffrance, et c’est vrai que la manière est un peu brusque…
    Bonne récup et bonne continuation !

    • Merci sylvie, je suis très heureux de ce chrono, et l’important était d’aller au bout, et je suis content de la manière !
      Oui j’ai trouvé ça un peu brusque, comme tu dis, surtout que les mecs, ils avaient la carrure de rugbymen :D

  3. Retroliens : Marathon de Paris 2012: vers mon nouveau record! | Greg Runner

  4. Bravo Nico! Bienvenue dans cette belle famille qui est celle des marathoniens. J’espère que tu t’en remets bien. En attendant de préparer le prochain… mais avec Clara cette fois… ;-)

  5. Bravo Nicolas ! Courir un marathon c’est toute une préparation. Physique, mentale. Mais aussi toute une aventure le jour J. Une inconnue que l’on s’apprête à rencontrer, des sensations nouvelles que l’on rencontre au fil des kilomètres, des doutes qui tentent de nous déséquilibrer mais au final, le mental d’un coureur est plus fort que tout !
    Bravo pour ce 1er très beau marathon ! Quel plaisir de tous vous voir heureux à l’arrivée, ça c’était vraiment chouette !!

  6. Quelle belle victoire sur toi même!
    Je suis toujours aussi surpris par tes progrès fulgurants…
    Tu as suivi ton plan avec rigueur et ça à payé!
    Encore toutes mes félicitations ;)

  7. Avec du retard, je ne lis ton CR que maintenant !!
    Félicitations, pour un 1° marathon, tu signes un superbe temps !! tu as une belle marge de progression !

  8. Retroliens : Runnosphere.org - La Runnosphère au marathon de Paris

  9. 3h39. Du bon boulot y a pas a dire.

    Ce que je note c’est que les douleurs aux jambse on eu lieu un peu tôt, il a fallu du cran pour terminer dans les temps avec si tôt ce problème
    Comme je te l’ai dis, au vu du plan et de ce résultat, je pense maintenant qu’il te manquait un travail de puissance musculaire (cote/ppg) et que les séances méritaient plus de variété VO2+COTE , séance longue avec plus de vitesses différentes etc…

    L Colas (athlete endurance)

  10. Retroliens : Running Tour du Château de Versailles 2013 | Noostromo Running Blog

  11. Retroliens : Marathon de Strasbourg 2013 – récit | Noostromo Running Blog

Laisser un commentaire :