SaintéLyon 2012 – une nuit ultra blanche

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Retour sur une nuit exceptionnelle de course à pied, mon premier ultra : la Saintélyon. Quelques jours après, au moment où j’écris ces lignes, je crois que je ne suis toujours pas complètement redescendu de mon nuage. Il faut dire que cette expérience a été riche, intense et éprouvante. Difficile de qualifier cette Saintélyon, les adjectifs ne manquent pas : dantesque, enneigée, verglacée, glaciale, boueuse, frustrante, douloureuse, émouvante,… impossible de n’en retenir qu’un. La Saintélyon restera pour moi une expérience unique en son genre.

Une longue attente.

Les 9 semaines de préparation n’ont pas été de tout repos. Allures difficiles à tenir, emploi du temps chargé et une petite gastro en semaine 7. Sur les trois semaines précédent la course, je n’ai effectué que 2 sorties pour un total de 40 km (dont les 25 km de la Saturday Night Frontale). Si je n’ai que peu couru, j’arrive plutôt bien reposé (Nina dort plutôt bien ces temps-ci, ça aide !) et finalement assez confiant.

Je retrouve Michael et ses potes à Gerland vers 17h. Nous embarquons dans un bus qui après une errance assez longue dans Saint-Etienne, finira par nous déposer devant le Parc Expo. Retrait du dossard (561), achats de dernière minutes au stand de Nicolas (des chaines Ezy Shoes, qui vont s’avérer très très utiles) et je tombe sur Seb tranquillement installé dans un transat. Après un tour à la Pasta Party, je retourne dans le hall A où Seb a réussi, après une lutte acharnée, à me trouver un transat 🙂 S’en suit une longue attente, où faute de pouvoir dormir, j’assiste distraitement aux animations qui se succèdent sur le podium.

Les trophées du trail d'Endurance Mag
Les trophées du trail d’Endurance Mag

Enfin, on commence à s’équiper, fignoler les sacs, puis direction la consigne, puis les toilettes pour remplissage de la poche à eau. On attend encore avec Michael, puis Giao vient « prendre une photo qu’il ne s’engage pas à ne pas publier sur Facebook » ^^

SaintéLyon 2012 - Sebrom, Noostromo, Giao et Lamiricoré (photo www.giao.fr)
SaintéLyon 2012 – Sebrom, Noostromo, Giao et Lamiricoré (photo www.giao.fr)

 Saint-Etienne – départ manqué

Le temps passe et je ne sais pas trop ce qu’on a foutu, toujours est il qu’au moment d’accéder au sas, eh bien c’est trop tard ! le sas est complet, et nous nous retrouvons sur le bord, du mauvais côté de la grille, à devoir attendre de passer la porte alors que le départ a déjà été donné ! C’est un peu énervant, et difficilement compréhensible : comment le sas peut-il être trop petit, alors que le nombre de coureur par sas était connu à l’avance ??

Nous franchissons la ligne de départ 8 minutes plus tard, après avoir regardé passer une bonne partie des coureurs des sas suivants. Nous ne le savons pas encore, mais nous allons payer assez cher cette grosse erreur stratégique.

Km 0 – Saint Etienne – 0h00:00 – 4247e

Pour le moment, toujours en compagnie de Seb, nous montons doucement vers Sorbier. La route est large, mais je ne cède pas à la tentation de partir vite, d’autant plus que l’organisme n’a pas eu le temps de chauffer. A Sorbiers, la route tourne à gauche et il faut allumer les frontales. Au sol, les premières plaques de verglas, qu’il faut contourner. Puis la neige, sur le chemin, dans les champs, tout autour de nous, c’est magnifique. Au sommet, on prend le temps de se retourner. C’est beau, ça vaut la photo non ?

Saintélyon 2012 - Sommet de la première montée à Sorbiers
Saintélyon 2012 – Sommet de la première montée à Sorbiers

Mais sous la neige, c’est la glace. Après plusieurs rattrapages de justesse, nous chaussons les chaines. Pas évident à enfiler, il nous faudra plusieurs arrêts pour les ajuster correctement. Mais tout de suite, l’adhérence est bien meilleure, apportant ainsi un regain de confiance dans les appuis. Bon, il faut tout de même rester prudent, car une belle plaque de verglas et chaines ou pas, c’est la gamelle assurée !

Mais les difficultés commencent. Ce n’est ni la neige, ni le froid ou le vent, ce sont les bouchons de trailers ! Le chemin s’est bien rétréci, souvent à cause de la neige et des congères, obligeant les coureurs à passer en file indienne, et générant ainsi, de gros bouchons.

Saint Christo, la foule en délire

Km 16 – Saint Christo – 2h04:06 – 8:11/km – 4122e(-125) – Temps au ravito 4:30

Nous atteignons le ravito de Saint Christo (Km 16) après 2h04’06 de course, en 4122e position (soit 125 places gagnées) ; déjà 5′ de retard sur la plus pessimiste de mes prévisions. Je demande à Seb qu’on s’y arrête, pour boire un truc chaud. Erreur ! la tente est bondée, il faut jouer des coudes pour pouvoir apercevoir la table. Le thé est presque froid. Je ressors de là bien énervé, et les bouchons qui s’enchainent juste après ne vont pas arranger les choses.

Prendre son mal en patience, c’est la seule solution. On progresse lentement sur la neige, en s’arrêtant souvent à cause des bouchons. Les dépassements sont délicats à gérer : soit il faut courir sur d’immenses plaques de verglas et prendre le risque, non seulement de se casser la trombine, mais aussi d’entrainer dans sa chute d’autres concurrents. L’autre option serait de courir en permanence sur les bas-côtés, mais la neige très profonde rend ce type de progression difficile et très consommatrice d’énergie. La course est encore longue, on prend donc le minimum de risque. Nous sommes dans la portion la plus élevée du parcours, aux environs de 850m d’altitude. Le vent glacial souffle par endroit assez fort et avec les nombreux arrêts, je me refroidis assez vite. Je regrette un peu de ne pas avoir finalement pris la polaire sans manche. Depuis le début, je prends la précaution de refouler l’eau du tuyau vers ma poche à eau après avoir bu, pour éviter qu’elle gèle dans le tuyau. Malgré cela, j’ai parfois du mal à aspirer et l’eau est glacée. Au niveau alimentation, je n’ai que de la crème de marrons dans le sac. Je compte sur les ravitaillements pour le salé. La descente vers Sainte Catherine est longue et fastidieuse. Je n’en reviens pas de devoir marcher dans des descentes

Sainte Catherine, la déprime

Km 28 – Sainte Catherine – 4h03:22 – 9:58/km – 3777e(-345)(-470/départ) – Temps ravito 7:02

C’est pire qu’à Saint Christo ! Quasi impossible d’accéder à la table. Nous voulions faire le plein de nos poches à eau, mais on ne trouve pas les robinets. Ils devaient être au début de la tente, cachés par la foule. Je demande à Seb s’il a encore de l’eau pour tenir jusqu’à Saint Genoux, 9 km plus loin. Et nous repartons. Je suis cette fois sur terrain connu, puisque c’est le parcours de la Saintexpress de l’an dernier. La montée se fait en marchant au sein d’un peloton compact. C’est assez raide en fait. Et là nous tombons sur Giao qui a l’air bien malgré son tuyau gelé. Après une portion de route, nous bifurquons à nouveau sur un chemin enneigé qui monte en faisant 2 lacets. Incroyable bouchon lié à de nombreuses et profondes flaques de boue. C’est exaspérant. Je finirai par franchir ces flaques en passant tout droit. 10 minutes pour faire moins de 500 mètres ! Dans l’aventure, j’ai perdu Seb et Giao. J’attends un peu, mais j’ai froid et je ne sais pas s’ils sont devant ou derrière. Bref je continue seul.

La descente du Bois d’Arfeuille est une vraie patinoire. L’organisation a d’ailleurs placé un panneau indiquant « descente dangereuse ». Même avec les chaines, les rochers sont glissants. Certains coureurs font des détours à côté du chemin pour éviter les zones verglacées, d’autres font les descentes sur les fesses (volontairement ou non^^). Le spectacle serait assez comique si on ne croisait pas les secouristes remontant le sentier vers des coureurs blessés emmitouflés dans leur couverture de survie.  Il n’est pas vraiment possible de dépasser dans ces conditions évidemment.

Dans la remontée vers Saint Genoux, cela se fluidifie nettement et sur les portions pas trop pentues, il est possible enfin de courir à son rythme. Je ne rencontrerai plus de bouchons jusqu’à Lyon. Je discute quelques instants avec un coureur qui me dit que les kilomètres ne passent pas. J’ai la même sensation et je lui réponds, que par contre, le chrono, lui il tourne bien ! On passe à ce moment devant le panneau 35 km, soit la mi-course et déjà 5h30 de course ! Je commence en plus à sentir une douleur sur la partie externe du genou gauche qui me fait penser à la TFL que j’ai eu il y a quelques mois à droite…

Saint Genoux en vrac

Plus d’1h30 pour faire les 9 km, soit presqu’une demi-heure de plus que l’an dernier ! Au ravito de Saint genoux, je ne suis même plus surpris de voir la tenter déborder de coureurs.  Mais cette fois, pas le choix, je dois faire le plein d’eau. Je rempli donc ma poche, encore pleine au tiers d’ailleurs, avale un thé chaud, du saucisson et je repars pour ne pas trop laisser refroidir mon genou en délicatesse (la TFL à froid, c’est pire…)

Km 36 – Saint Genoux – 5h41:39 – 9:59/km – 3031e(-746) (-1216/départ) – Temps ravito : 6:30

Un rapide calcul en sortant de la tente me dit que je peux oublier les 10h (je sais déjà depuis un moment que mon objectif initial de 9h est mort), et que si je veux rester sous les 11h, va pas falloir trainer ! Quelques kilomètres plus loin, on aborde le nouveau secteur de 2 km, une descente technique et glissante à 11%, puis une montée presqu’aussi raide. Sympa, mais le genou m’handicape dans la descente, j’y vais donc prudemment. Dans la descente, ma frontale clignote 3 fois et s’éteint. Oups, j’ai du manquer le premier avertissement. Pas possible de changer les piles à cet endroit. J’attrape la frontale de secours dans le sac et zou !

Puis, c’est la longue descente vers Soucieu. C’est dur, surtout à cause du genou, mais je me sens bien par ailleurs.

Soucieu, le jour se lève

Km47 – Soucieu – 7h30:00 – 9:17/Km – 2835e(-196)(-1412/départ) – Temps ravito 10:00

Je m’y arrête plus de 10 minutes. Le temps d’avaler un peu de soupe et quelques tranches de saucisson. Je rallume mon téléphone afin d’envoyer un message à Clara, pour lui dire où j’en suis. Je reçois du coup le texto de Seb disant qu’il s’est arrêté à Saint Genoux, dégouté. Dans la foulée Clara m’appelle, et même si je ne me souviens plus exactement de la conversation, cela me fait un bien fou et je repars, complètement remotivé. J’ai aussi avalé un comprimé de paracétamol que j’avais mis dans le sac au dernier moment. La douleur s’atténue un peu et je peux à nouveau plier un peu le genou sans faire une horrible grimace.

SaintéLyon 2012 - Le profil
SaintéLyon 2012 – Le profil

J’avance assez vite, doublant au passage de nombreux coureurs, ce qui est assez grisant sur une fin de course. Il neige à présent à gros flocons mais j‘enlève les chaines des chaussures, les plaques de verglas se faisant rares. Cet accessoire non prévu au départ m’a été d’un grand secours, puisque je les aurai gardé plus de la moitié de la course. Aucune chute à déplorer de mon côté, alors qu’ai assisté à de nombreux vol planés tout au long de la course. Et Beaunant est déjà  devant moi !

Beaunant – un final à fond

Km 59 – Beaunant – 9h13:37 – 8:19/Km – 2554e(-181) (-1593/départ) – Temps ravito 4:27

L’arrêt est aussi bref que possible. Il reste à peine 10 km pour atteindre Gerland. Après le mur de 1500 mètres avalé d’un pas rapide, je descends vers Lyon à bonne allure. Je ne marche que sur les quelques faux plats et escaliers sur les quais. Je continue à dépasser des dizaines de coureurs plus ou moins à l’agonie, un par un. Les quais me semblent moins difficiles que l’an dernier. Je vole, comme on peut voler avec 70 km dans les jambes 🙂

Km 64 – Lyon-centre – 10h14:45 – 2372e(-182)(-1775/départ)

SaintéLyon 2012 - l'oeil du tigre ^^
SaintéLyon 2012 – l’oeil du tigre ^^

Gerland – les larmes

Km 71 – Lyon Gerland – 10h35:20 – 7:18/Km – 2337e(-35)(-1810/départ)

Je passe sous l’arche. 10h35:22 d’effort, 71 km à ma Suunto (Move trail running 2.12.2012 de noostromo – Move sur Movescount.com). 2337e, soit quand même 1810 places de gagnées par rapport au départ. 2 gourdes de crèmes de marrons, 2 litres d’eau, 7 cachets de Sportenine, un demi-saucisson, 3 ou 4 pâtes de fruits…

SaintéLyon 2012 - Le diplôme
SaintéLyon 2012 – Le diplôme

Au bout de la zone, je vois Clara avec notre petite Nina. Je les rejoins en courant, et l’émotion nous submerge. J’ai la sensation d’être allé au bout de moi même, et sans elles pour me soutenir, jamais je ne serai venu, jamais je n’aurai tenu lorsque la douleur se faisait trop forte, jamais je ne serai allé au bout.

SaintéLyon 2012 - le sac, 3,1 kg = une bibu :)
SaintéLyon 2012 – le sac, 3,1 kg = une bibu 🙂

La Saintélyon 2012, les copains aussi la racontent

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